PYODERMA GANGRENOSUM
(ulcère/ulcération
phagédénique, phagedena geometrica, dermatitis gangrenosa, phagedenic
pyoderma)
Cette dermatose bénigne
de mécanisme non totalement expliqué appartient au groupe des
dermatoses neutrophiliques.
Sa présentation "bruyante" et rapide d'allure "infectieuse"
contraste avec l'absence de lymphangite ou d'adénopathies inflammatoires.
Un traumatisme local, même faible, peut révéler ou aggraver
l'ulcération (effet Köbner).
Cliniquement, le pyoderma gangrenosum (PG) se localise plus volontiers aux membres inférieurs. L'ulcération est caractérisée par un bord très net, creusé à pic, violacé, sous-miné par des clapiers purulents, entouré d'un bourrelé inflammatoire descendant en pente douce. Le stade initial est nodulaire ou pustuleux. La douleur est variable. Le prélévement bactériologique est stérile ou retrouve des germes de surinfection. L'antibiothérapie parentérale reste inefficace (p.ex bétalactamine + metronidazole), ce qui doit faire évoquer un PG. |
Le diagnostic est clinique.
La biopsie systématique est déconseillée (effet Köbner).
Diagnostics différentiels:
la cause infectieuse
doit être écartée en priorité, le facteur traumatisme
local étant aggravant, il en découle que le parage chirurgical
est formellement
déconseillé.
Eliminer
: ecthyma
gangréneux à P.aeruginosa, abcès à pyocoques, gangrène
post-opératoire, vascularites nécrosantes (PAN, Wegener, Behcet,
intérêt de la biopsie), herpès chronique sur immunodepression,
cryptococcose, blastomycose, amibiase, artérite, pathomimie (dermatose
auto-provoquée)...
Etiologie: le PG doit être
considéré comme un symptôme, il s'associe dans plus de 50%
des cas à une maladie générale qu'il accompagne ou révèle
ou précède : cf. Tableau 1.
La recherche étiologique est menée en fonction de la clinique
et de la biologie. Interêt de la surveillance au long cours +++; pour
notre patiente n°1, une fistule recto-vaginale est survenue deux mois après,
complication classique de la m. de Crohn.
Traitement symptomatique
(1,2):
- classiquement,
de première intention, corticothérapie par voie générale: prednisone DCI 0,5-2 mg/kg.j (cf. images évolutives cas
n°1 ci-dessous)
- formes aggressives/résistantes : methylprednisolone DCI en bolus 1g/j pdt 3 à 5 jours, ciclosporine DCI (seule ou avec corticothérapie),
infliximab DCI IV (3).
- formes peu agressives, chroniques, avec ou sans corticothérapie : DISULONE® 150mg/j, clofazimine DCI 200mg/j, minocycline DCI 200mg/j (cf. images évolutives
cas n°2 plus bas), thalidomide DCI 100-200 mg/j, salazopyrine DCI 4-6g/j
- aucun médicament local n'est réputé efficace, on conseille
un nettoyage au sérum physiologique, un pansement hydrocolloïde.
L'application d'iode doit être évitée (hyperréactivité,
risque d'aggravation).
|
Images évolutives
sous traitement du patient n°1:
Ci-dessous,
traitement par minocycline DCI 200 mg/j pendant
un mois: de gauche à droite J0, J20, J42. |
|
|
|
|
|
|
Tableau 1 : pathologies associées au pyoderma gangrenosum (PG) (1). |
Rectocolite hémorragique (20-30% des PG) |
Maladie de Crohn (3-15% des PG), PG lors des poussées ou précédant la maladie |
Leucémies myéloïdes, leucémie à tricholeucocytes, syndromes myélodysplasiques et myéloprolifératifs |
Hépatite chronique |
Gammapathies monoclonales (IgA++), myélome |
Polyarthrite rhumatoïde, polyarthrite séronégative |
Divers: tumeurs solides (colon, prostate, poumon,sein), lupus érythémateux systémique, m de Behcet, artérite de Takayasu (non exhaustif) |
idiopathique 10-30% |
Références:
(1)
Champion RH, Burton JL, Burns DA, et al: Textbook of Dermatology. Boston, Mass:
Blackwell; 1998: 2186-91.
(2) Le Cleach L, Chosidow O : Traitement du Pyoderma gangrenosum (Revue générale).
Réalités thérapeutiques en D-V, n°75, fév 1998,
19-24 (35 réf.)
(3) Cunha AP, Poster 19-9, Congrès EADV 2002.
[Retour au
texte]
(C) E. PIERARD
http://dermatologie.free.fr
AVERTISSEMENT Copyright
: Tous les textes et photos de ce site sont la propriété
des auteurs. REPRODUCTION
NON AUTORISÉE